• Les Troyens - Libretto in English - Act V

    Act V

    As far as we know, to date there is no *free* English translation of Berlioz's epic opera Les Troyens available to be consulted online, worldwide (except for members of some libraries in specific countries). There are copyrighted translations available for a fee. As a service to the operatic community, Opera Lively has translated the original public domain French libretto into English and has hereby made our translation available online, free of charge. This version however, even though we've made it available for free, is also copyrighted. Links to it can be published without authorization, as well as small bits, not larger than the equivalent of one aria. Full reproduction, however, would be a violation of copyrights if not authorized by Opera Lively (use the Contact Us form).

    We make no claim that our translation has literary or poetic qualities. It is merely provided as a service to the reader who is interested in this sublime opera.

    Les Troyens, Grand-Opéra in Five Acts, libretto in French (1856) by Hector Berlioz, based on Virgil's Aeneid.

    Translation into English. © Opera Lively Press - Natalie Greenly - Luiz Gazzola, 2012-2022, all rights reserved.

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    ACTE CINQUIÈME

    Premier Tableau

    (Le bord de la mer couvert de tentes troyennes. On voit les vaisseaux troyens dans le port. Il fait nuit. Un jeune matelot phrygien chante en se balançant au haut du mât d'un navire. Deux sentinelles montent la garde devant les tentes au fond de la scène.)

    Nº 38 - Chanson d'Hylas

    HYLAS
    Vallon sonore,
    Où dès l'aurore
    Je m'en allais chantant, hélas!
    Sous tes grands bois chantera-t-il encore,
    Le pauvre Hylas?...
    Berce mollement sur ton sein sublime,
    Ô puissante mer, l'enfant de Dindyme!
    Fraîche ramée,
    Retraite aimée
    Contre les feux du jour, hélas!
    Quand rendras-tu ton ombre parfumée
    Au pauvre Hylas?...
    Berce mollement sur ton sein sublime,
    Ô puissante mer, l'enfant de Dindyme!
    Humble chaumière,
    Où de ma mère
    Je reçus les adieux.

    1e SENTINELLE
    Il rêve à son pays...

    2e SENTINELLE
    Qu'il ne reverra pas.

    HYLAS
    Hélas!
    Reverra-t-il ton heureuse misère,
    Le pauvre Hylas?...
    Berce mollement sur ton sein sublime, sublime,
    Ô puissante mer, l'enfant...

    (Il s'endort.)

    Nº 39 - Récitatif et Chœur

    (Entrent Panthée et les Chefs troyens.)

    PANTHÉE
    Préparez tout, il faut partir enfin.
    Énée en vain
    Voit avec désespoir l'angoisse de la reine,
    La gloire et le devoir sauront briser sa chaîne
    Et son cœur sera fort au moment des adieux.

    PANTHÉE, LES CHEFS
    Chaque jour voit grandir la colère des dieux.
    Des signes effrayants déjà nous avertissent;
    La mer, les monts, les bois profonds gémissent;
    Sous d'invisibles coups nos armes retentissent;
    Comme dans Troie en la fatale nuit,
    Hector, dont l'œil courroucé luit,
    En armes apparaît; un chœur d'ombres le suit;
    Et ces morts irrités
    La nuit dernière encore ont crié trois fois...

    LES OMBRES
    Italie! Italie! Italie!

    PANTHÉE, LES CHEFS
    Dieux vengeurs! c'est leur voix!...
    Nous avons trop longtemps bravé l'ordre céleste;
    Quittons sans plus tarder ce rivage funeste!
    A demain! à demain!
    Préparons tout, il faut partir enfin.

    (Ils entrent dans les tentes.)

    Nº 40 - Duo

    (Les deux soldats en sentinelle marchent, l'un de droite à gauche, l'autre de gauche o droite. Ils s'arrêtent de temps en temps l'un près de l'autre vers le milieu du théâtre.)

    1e SENTINELLE
    Par Bacchus! ils sont fous avec leur Italie!...
    Je n'ai rien entendu.

    2e SENTINELLE
    Ni moi.

    1e SENTINELLE
    La belle vie,
    Pourtant, qu'on mène ici!

    2e SENTINELLE
    Dans plus d'une maison
    Nous trouvons et bon vin et grasse venaison.

    1e SENTINELLE
    A ma belle Carthaginoise,
    Je puis déjà parler phénicien.

    2e SENTINELLE
    La mienne comprend le Troyen,
    M'obéit sans me chercher noise.

    1e SENTINELLE
    La tienne comprend le Troyen?

    2e SENTINELLE
    M'obéit sans me chercher noise.
    La femme n'est point rude ici pour l'étranger.

    ENSEMBLE
    Non! la femme n'est point rude ici pour l'étranger.

    1e SENTINELLE
    Et l'on nous veut faire changer
    Ces douceurs contre un long voyage!

    2e SENTINELLE
    Les caresses de l'orage!

    1e SENTINELLE
    La faim.

    2e SENTINELLE
    La soif.

    1e SENTINELLE
    Vingt maux d'enfer!

    2e SENTINELLE
    Et tous les ennuis de la mer!

    1e SENTINELLE
    Maudite folie!

    2e SENTINELLE
    Pour cette Italie...

    1e SENTINELLE
    Où nous devons jouir du fruit de nos travaux...

    ENSEMBLE
    En nous faisant rompre les os!

    2e SENTINELLE
    Encor pâtir!

    1e SENTINELLE
    Encor pâtir!
    Notre lot est l'obéissance.

    2e SENTINELLE
    Silence!
    Je vois Énée à grands pas accourir.

    (Les deux sentinelles s'éloignent et disparaissent.)

    Nº 41 - Récitatif Mesure et Air

    ÉNÉE
    (s'avançant dans une grande agitation)
    Inutiles regrets!... je dois quitter Carthage!
    Didon le sait... son effroi, sa stupeur,
    En l'apprenant, ont brisé mon courage...
    Mais je le dois... il le faut!...
    Non, je ne puis oublier la pâleur
    Frappant de mort son beau visage,
    Son silence obstiné, ses yeux
    Fixes et pleins d'un feu sombre...
    En vain ai-je parlé des prodiges sans nombre
    Me rappelant l'ordre des dieux,
    Invoqué la grandeur de ma sainte entreprise,
    L'avenir de mon fils et le sort des Troyens,
    La triomphale mort par les destins promise,
    Pour couronner ma gloire aux champs ausoniens;
    Rien n'a pu la toucher; sans vaincre son silence
    J'ai fui de son regard la terrible éloquence.
    Ah! quand viendra l'instant des suprêmes adieux,
    Heure d'angoisse et de larmes baignée,
    Comment subir l'aspect affreux
    De cette douleur indignée?...
    Lutter contre moi-même et contre toi, Didon!
    En déchirant ton cœur implorer mon pardon!
    En serai-je capable?... En un dernier naufrage,
    Ah! puissé-je périr, si je quittais Carthage
    Sans te revoir pourtant!...
    Sans la voir? lâcheté!
    Mépris des droits sacrés de l'hospitalité!
    Non, non, reine adorée,
    Ame sublime et par moi déchirée,
    O reine adorée! Non, je veux te revoir,
    Une dernière fois presser tes mains tremblantes,
    Arroser tes genoux de mes larmes brûlantes,
    Dussé-je être brisé par un tel désespoir.

    Nº 42 - Scène

    CHOEUR D'OMBRES
    Énée!...

    ÉNÉE
    Encor ces voix!

    (Les quatre spectres voilés paraissent successivement, l'un à l'entrée des coulisses à gauche du spectateur l'autre à l'entrée des coulisses à droite, les deux autres au fond du théâtre. Au-dessus de la tête de chacun d'eux brille une couronne de petites flammes pâles.)

    ÉNÉE
    De la sombre demeure,
    Messager menaçant, qui donc t'a fait sortir?...

    SPECTRE DE PRIAM
    (visible)
    Ta faiblesse et ta gloire...

    ÉNÉE
    Ah! je voudrais mourir!

    SPECTRE DE PRIAM
    Plus de retards!

    SPECTRE DE CHORÈBE
    (invisible)
    Pas un jour!

    SPECTRE D'HECTOR ET CASSANDRE
    (invisibles)
    Pas une heure!

    SPECTRE DE PRIAM
    (levant son voile devant les yeux d'Énée)
    Je suis Priam!... il faut vivre et partir!

    (Sa couronne s'éteint, il disparaît. Énée, s'élançant
    éperdu vers le côté droit de la scène y rencontre le
    spectre de Chorèbe.)

    LE SPECTRE DE CHORÈBE
    (levant son voile)
    Je suis Chorèbe!
    Il faut partir et vaincre!

    (Sa couronne s'éteint, il disparaît. Énée, reculant vers le fond du théâtre y rencontre les deux autres spectres. Cassandre a le bras gauche appuyé sur l'épaule d'Hector. Hector est armé de pied en cap.)

    ÉNÉE
    (les reconnaissant au moment où ils se dévoilent)
    Hector! dieux de l'Erébe!...
    Cassandre!...

    SPECTRES DE CASSANDRE ET HECTOR
    Il faut vaincre et fonder!...

    (Leurs couronnes s'éteignent, ils disparaissent.)

    ÉNÉE
    Je dois céder
    A vos ordres impitoyables!
    J'obéis, j'obéis, spectres inexorables!
    Je suis barbare, ingrat; vous l'ordonnez, grands dieux!
    Et j'immole Didon, en détournant les yeux!

    Nº 43 - Scène et Chœur

    ÉNÉE
    (passant devant les tentes)
    Debout, Troyens, éveillez-vous, alerte!
    Le vent est bon, la mer nous est ouverte!
    Eveillez-vous!
    Il faut partir avant le lever du soleil!

    LES TROYENS
    (dans les tentes)
    Alerte!... entendez-vous, amis, la voix d'Énée?...

    (Ils sortent des tentes.)

    Donnez partout le signal du réveil...

    ÉNÉE
    (à un chef)
    Va, cours, porte cet ordre à l'oreille étonnée
    D'Ascagne: Qu'il se lève et qu'il se rende à bord!
    Avant le jour il faut quitter le port.
    Ma tâche, jusqu'au bout, grands dieux, sera remplie.
    Alerte, amis! profitons des instants!
    Coupez les câbles, il est temps!
    En mer! en mer! Italie! Italie!

    CHOEUR
    Voici le jour, profitons des instants!
    Coupons les câbles, il est temps!
    En mer! en mer! Italie! Italie!

    ÉNÉE
    (se tournant du côté du palois de Didon)
    A toi mon âme! Adieu! digne de ton pardon,
    Je pars, noble Didon!
    L'impatient destin m'appelle;
    Pour la mort des héros, je te suis infidèle.

    (Tous se précipitent hors de la scène dans diverses directions, comme pour faire des préparatifs de départ. On voit les vaisseaux commencer à se mettre en mouvement. Eclairs et tonnerre lointain.)

    Nº 44 - Duo et Chœur

    DIDON
    Errante sur tes pas,
    Sous la foudre qui gronde,
    J'ai voulu voir, je vois et ne crois pas...
    Tu prépares ta fuite?

    ÉNÉE
    En ma douleur profonde,
    Chère Didon, épargnez-moi!

    DIDON
    Tu pars? tu pars?
    Sans remords! Quoi!
    Dédaigneux du sceptre de Lybie,
    En m'arrachant le cœur tu cours en Italie!

    ÉNÉE
    J'ai trop tardé...
    Des dieux les ordres souverains...

    DIDON
    Il part!... il suit la voix d'implacables destins,
    Sans écouter la mienne! à ses lâches dédains
    Il me voit exposer ma douleur surhumaine.

    (Elle voit un groupe de Troyens sourire en la regardant.)

    Et ma beauté de reine
    Aux rires insolents de ces ingrats Troyens!...

    ÉNÉE
    Didon!

    DIDON
    Sans qu'à l'aspect d'une telle misère
    La pitié d'une larme humecte sa paupière!
    Tu pars? Non! ce n'est pas Vénus qui t'enfanta,
    Quelque louve hideuse aux forêts t'allaita!

    ÉNÉE
    O Reine, quand à vous se dévoua mon âme,
    Elle subit la loi d'un immortel amour,
    Et jusqu'au dernier jour
    Mon cœur vivra de cette flamme...

    DIDON
    Tais-toi! rien ne t'arrête;
    La mort qui plane sur ma tête,
    Ma honte, mon amour, notre hymen commencé,
    Mon nom du livre d'or dès ce jour efface!
    Encor, si de ta foi, j'avais un tendre gage,
    Oui, si d'un fils d'Énée
    Le fier et doux visage
    Me rappelant tes traits, souriait sur mon sein,
    je serais moins abandonnée...

    ÉNÉE
    Je vous aime, Didon; grâce! l'ordre divin
    Pouvait seul emporter la cruelle victoire.

    (On entend la fanfare de la marche troyenne.)

    DIDON
    A ce chant de triomphe où rayonne ta gloire,
    Je te vois tressaillir!
    Tu pars?

    ÉNÉE
    Je dois partir...

    DIDON
    Tu pars?

    ÉNÉE
    Mais pour mourir,
    Obéissant aux dieux,
    Je pars et je vous aime!

    DIDON
    Ne sois pas plus longtemps par mes cris arrêté,
    Monstre de piété!
    Va donc, va! je maudis et tes dieux et toi-même!

    (Elle sort.)

    (Des groupes de soldats troyens occupés des préparatifs du départ, passent et se dirigent vers les vaisseaux.)

    ÉNÉE, LES TROYENS
    Italie!

    (Ascagne arrive conduit par un chef troyen. Énée monte sur un vaisseau.)

    Deuxième Tableau

    (Un appartement de Didon. Le jour se lève.)

    Nº 45 - Scène

    DIDON
    Va, ma sœur, l'implorer,
    De mon âme abattue
    L'orgueil a fui. Va! ce départ me tue
    Et je le vois se préparer.

    ANNA
    Hélas! moi seule fus coupable,
    En vous encourageant à former d'autres nœuds.
    Peut-on lutter contre les dieux?...
    Son départ est inévitable,
    Et pourtant il vous aime.

    DIDON
    Il m'aime! non! non! son cœur est glacé!
    Ah! je connais l'amour, et si Jupiter même
    M'eût défendu d'aimer, mon amour insensé
    De Jupiter braverait l'anathème.
    Mais va, ma sœur, allez, Narbal, le supplier
    Pour qu'il m'accorde encore
    Quelques jours seulement. Humblement je l'implore:
    Ce que j'ai fait pour lui, pourra-t-il l'oublier,
    Et repoussera-t-il cette instance suprême
    De vous, sage Narbal, de toi, ma sœur, qu'il aime?...

    Nº 46 - Scène

    CHOEUR
    (au loin derrière la scène)
    En mer, voyez! six vaisseaux! sept! neuf! dix!

    IOPAS
    (entrant)
    Les Troyens sont partis!

    DIDON
    Qu'entends-je?

    IOPAS
    Avant l'aurore
    Leur flotte était en mer, on l'aperçoit encore!

    DIDON
    Dieux immortels! il part! Armez-vous, Tyriens!
    Carthaginois, courez, poursuivez les Troyens!
    Courbez-vous sur les rames,
    Volez sur les eaux,
    Lancez des flammes,
    Brûlez leurs vaisseaux!
    Que la ville entière...
    Que dis-je?... impuissante fureur!
    Subis ton sort et désespère,
    Dévore ta douleur,
    Ô malheureuse!
    Et voilà donc la foi de cette âme pieuse!
    J'offrais un trône!... Ah! je devais alors
    Exterminer la race vagabonde
    De ces maudits, et disperser sur l'onde
    Les débris de leurs corps!
    C'est alors qu'il fallait prévoir leur perfidie,
    Livrer leur flotte à l'incendie,
    Et me venger d'Énée et lui servir enfin
    Les membres de son fils en un hideux festin!
    A moi, dieux des enfers! l'Olympe est inflexible!...
    Aidez-moi ! que par vous mon cœur soit enflammé
    D'une haine terrible
    Pour ce fugitif que j'aimai!
    Du prêtre de Pluton, qu'on réclame l'office!
    Pour apaiser mes douloureux transports,
    A l'instant même offrons un sacrifice
    Aux sombres déités de l'empire des morts!
    Qu'on élève un bûcher!
    Que les dons du perfide
    Et ceux que je lui fis,
    Dans la flamme livide,
    Souvenirs détestés, disparaissent!... Sortez!

    NARBAL
    (à Anna)
    Son regard m'épouvante, ô princesse, restez!

    DIDON
    Anna, suivez Narbal.

    ANNA
    Que ma sœur me pardonne!

    DIDON
    Je suis reine et j'ordonne;
    Laissez-moi seule, Anna.

    (Anna, Narbal et Iopas sortent.)

    Nº 47 - Monologue

    (Didon parcourt la scène en s'arrachant les cheveux, se frappant la poitrine et poussant des cris inarticulés.)

    DIDON
    Ah! Ah!

    (Elle s'arrête brusquement.)

    Je vais mourir...
    Dans ma douleur immense submergée
    Et mourir non vengée!...
    Mourons pourtant! Oui, puise-t-il frémir
    A la lueur lointaine de la flamme de mon bûcher!
    S'il reste dans son âme quelque chose d'humain,
    Peut-être il pleurera sur mon affreux destin.
    Lui, me pleurer!...
    Énée!... Énée!...
    Oh,! mon âme te suit,
    A son amour enchaînée,
    Esclave, elle l'emporte en l'éternelle nuit...
    Vénus! rends-moi ton fils!... Inutile prière
    D'un cœur qui se déchire!... A la mort tout entière
    Didon n'attend plus rien que de la mort.

    Nº 48 - Air

    DIDON
    Adieu, fière cité, qu'un généreux effort
    Si promptement éleva florissante;
    Ma tendre sœur qui me suivis errante,
    Adieu, mon peuple, adieu; adieu, rivage vénéré,
    Toi qui jadis m'accueillis suppliante;
    Adieu, beau ciel d'Afrique, astres que j'admirai
    Aux nuits d'ivresse et d'extase infinie;
    Je ne vous verrai plus, ma carrière est finie!...


    (Elle sort à pas lents.)

    Troisième Tableau

    Nº 49 - Ceremonie Funèbre

    (Une partie des jardins de Didon, sur le bord de la mer. Un vaste bûcher est élevé; on y monte par des gradins latéraux. Sur la plate-forme du bûcher sont placés un lit, une toge, un casque, une épée avec son baudrier, et un buste d'Énée.)

    (Entrent les Prêtres de Pluton, revêtus de costumes funèbres; ils viennent processionnellement se grouper auprès de deux autels où brillent des flammes verdâtres, puis Anna, Narbal, et enfin Didon voilée et couronnée de feuillage. Pendant la première partie du choeur des prêtres, Anna, s'approchant de sa sœur, lui dénoue sa chevelure et lui ôte le cothurne de son pied gauche.)

    CHOEUR DE PRÊTRES DE PLUTON
    Dieux de l'oubli, dieux du Ténare,
    Au cœur blessé rendez la force et le repos!
    Des profondeurs du noir Tartare
    Entendez-nous, Hécate, Erèbe, et toi Chaos!

    ANNA, NARBAL
    (étendant le bras droit du côté de la mer)
    S'il faut enfin qu'Énée aborde en Italie,
    Qu'il y trouve un obscur trépas!
    Que le peuple latin à l'ombrien s'allie
    Pour arrêter ses pas!
    Percé d'un trait vulgaire en la mêlée ardente,
    Qu'il reste abandonné sur l'arène sanglante,
    Pour servir de pâture aux dévorants oiseaux!
    Entendez-nous, Hécate, Erèbe, et toi Chaos!

    LES PRÊTRES, ANNA, NARBAL
    Dieux de l'oubli, dieux du Ténare, etc.

    Nº 50 - Scene

    DIDON
    (parlant comme en songe)
    Pluton... semble m'être propice...
    En ce cruel instant... Narbal... ma soeur...
    C'en est fait... achevons le pieux sacrifice…
    Je sens rentrer le calme... dans mon coeur.

    (Deux prêtres portant le premier autel s'avancent de gauche à droite, deux autres portant le second s'avancent de droite à gauche et font en se croisant ainsi le tour du bûcher. Didon, le pied gauche nu, les cheveux épars, après avoir déposé sur l'un des autels sa couronne de feuillage, le suit d'un pas saccadé. Pendant ce mouvement processionnel, Anna est à genoux à droite de la scène et Narbal à gauche. Entre eux le grand prêtre de Pluton, debout, étend, en la tenant des deux mains, la fourche plutonique vers le bûcher. Enfin, saisie d'une énergie convulsive, Didon monte d'un pas rapide les degrés du bûcher. Parvenue au sommet, elle saisit la toge d'Énée, détache le voile brodé d'or qui couvre sa tête, et les jetant l'une et l'autre sur le bûcher, elle dit: )


    D'un malheureux amour, funestes gages,
    Dans la flamme emportez avec vous mes chagrins!

    (Elle considère les armes d'Énée.)

    Ah!

    (Elle se prosterne sur le lit, qu'elle embrasse avec des sanglots convulsifs. Elle se relève et prenant l'épée elle dit d'un ton prophétique: )

    Mon souvenir vivra parmi les âges.
    Mon peuple accomplira d'héroïques destins.
    Un jour sur la terre africaine,
    Il naîtra de ma cendre un glorieux vengeur...
    J'entends déjà sonner son nom vainqueur.
    Annibal! Annibal! d'orgueil mon âme est pleine!
    Plus de souvenirs amers!
    C'est ainsi qu'il convient de descendre aux enfers!

    (Elle tire l'épée du fourreau, se frappe et tombe
    sur le lit.)

    Nº 51 - Choeur

    TOUS
    Ah! au secours! au secours! la reine s'est frappée!

    (Narbal sort comme pour aller chercher du secours.)

    CHOEUR
    (derrière la scène et accourant)
    Quels cris! ah! dans son sang trempée
    La reine meurt!

    (Narbal rentre, le grand choeur entre en scène.)

    Est-il vrai? jour d'horreur!

    DIDON
    (se relevant appuyée sur son coude)
    Ah!

    (Elle retombe.)

    ANNA
    (sur le bûcher)
    Ma sœur!

    (Didon se relève.)

    DIDON
    Ah!...

    (Elle lève les yeux au ciel et retombe gémissant.)


    ANNA
    C'est moi,
    C'est ta sœur qui t'appelle...

    DIDON
    (se relevant à demi)
    Ah! Des destins ennemis... implacable fureur...
    Carthage périra!

    Nº 52 - Imprécation

    (On voit dans une gloire lointaine le Capitole Romain au fronton duquel brille ce mot, Rome. Devant le Capitole défilent des légions et un empereur entouré d'une cour de poètes et d'artistes. Pendant cette apothéose, invisible aux Carthaginois, on entend au loin la marche troyenne transmise aux Romains par la tradition et devenue leur chant de triomphe.)


    DIDON
    Rome... Rome... immortelle!

    (Elle retombe, et meurt. Anna tombe évanouie à côté d'elle. Le peuple de Carthage, s'avançant vers l'avant-scène et tournant le dos au bûcher, lance son imprécation, premier cri de guerre punique, contrastant par sa fureur avec la solennité triomphale.)

    CHOEUR
    Haine éternelle à la race d'Énée!
    Qu'une guerre acharnée
    Précipite à jamais nos fils contre ses fils!
    Que par nos vaisseaux assaillis
    Leurs vaisseaux dans la mer profonde
    Périssent abîmés! que sur la terre et l'onde
    Nos derniers descendants, contre eux toujours armés,
    De leur massacre, un jour, épouvantent le monde!

    N° 52 bis – Final primitif [remplacé par le texte définitif à partir de la dernière réplique de Didon avant le N° 52]

    (L’arc-en-ciel se déploie au-dessus du bûcher, et un rayon solaire décomposé présentant les sept couleurs primitives tombe sur le corps de Didon.)

    LE GRAND-PRÊTRE
    La mourante bénie
    Excite la pitié des dieux;
    (Iris paraît dans l’air et passe au-dessus du bûcher en répandant des pavots sur la reine mourante. Tous se prosternent à l’apparition divine d’Iris.)
    Iris descend des cieux
    Pour finir son agonie.
    (L’arc-en-ciel disparaît avec Iris. Le rayon décomposé persiste.)
    Répétez avec moi
    La formule sacrée:
    Âme souffrante exhale-toi...

    NARBAL ET LE CHŒUR
    Âme souffrante exhale-toi...

    LE GRAND-PRÊTRE
    Au nom des dieux de ton corps délivrée.

    NARBAL ET LE CHŒUR
    Au nom des dieux de ton corps délivrée.
    (Le rayon disparaît. Didon meurt. Anna tombe évanouie à côté d’elle.)

    LE GRAND-PRÊTRE
    Elle n’est plus, la reine est expirée!

    NARBAL, LE GRAND-PRÊTRE ET LE CHŒUR
    Sur son bûcher et par son sang royal
    Consacrons aujourd’hui l’étendard de Carthage!
    Que le même serment tous ici nous engage
    Dans un destin fatal!
    Haine à la race d’Énée!
    Qu’une guerre acharnée
    Précipite à jamais nos fils contre ses fils!
    Que par nos vaisseaux assaillis
    Leurs vaisseaux dans la mer profonde
    Périssent abîmés! Que sur la terre et l’onde
    Nos derniers descendants, contre eux toujours armés,
    De leur massacre, un jour, épouvantent le monde!

    ÉPILOGUE

    (Une toile d’avant-scène s’abaisse, représentant le Temps suivi du cortège des heures, dont douze sont vêtues de tuniques blanches et roses et douze de tuniques noires étoilées d’or. On entend un murmure mystérieux d’orchestre entrecoupé de bruits pompeux.)


    (La toile d’avant-scène se lève et l’on voit dans une gloire le Capitole romain. La scène est vide; sur l’une des côtés seulement la muse de l’histoire, Clio, ayant auprès d’elle une Renommée. On entend retentir dans le mode triomphal la Marche troyenne, transmise par la tradition et devenue le chant de triomphe des Romains.)

    (On voit passer devant le Capitole un guerrier couvert d’une armure éclatante conduisant des légions romaines.)

    CLIO
    Scipioni Africano! Gloria!

    (On voit passer un autre guerrier couronné de lauriers marchant à la tête d’autres légions.)

    CLIO
    Julio Caesari! Gloria!

    (On voit passer un empereur entouré d’une cour de poètes et d’artistes.)

    CLIO
    Imperatori Augusto et divo Virgilio! Gloria! Gloria!
    Fuit Troja,
    Stat Roma!

    SOPRANO (au fond du théâtre)
    Stat Roma!

    TÉNOR (encore plus loin)
    Stat Roma!
    FIFTH ACT

    First Scene

    (The seaside camp full of Trojan tents. We see the Trojan ships in the port. It’s night. A young Phrygian sailor sings while he swings from the top of a ship mast. Two sentries guard the tents, at the back of the stage.)

    Nº 38 – Hylas’ Song

    HYLAS
    Resonant valley,
    Which, at dawn.
    singing, I would visit, alas
    Will poor Hylas
    Ever sing again in your great woods?
    Softly cradle Dindymus’s child
    On your sublime breast, oh mighty sea!
    Fresh leafy boughs,
    Beloved refuge
    From the blazing day, alas!
    When will you again spread your scented shade
    Over poor Hylas?
    Softly cradle Dindymus’s child
    On your sublime breast, oh mighty sea!
    Humble cottage,
    Where I received
    My mother’s farewell.

    FIRST SENTRY
    He is dreaming of his country...

    SECOND SENTRY
    Which he will never see again.

    HYLAS
    Alas!
    Will he see again his cheerful poverty,
    Poor Hylas?...
    Softly cradle Dindymus’s child
    On your sublime breast, oh mighty sea!

    (He falls asleep.)

    Nº 39 - Recitative and Chorus

    (Enter Panthus and other Trojan chieftains.)

    PANTHUS
    Prepare everything, we must leave at last.
    In vain does Aeneas
    Behold with despair the queen’s anguish,
    Glory and duty will shatter his fetters, and his heart Will be steadfast at the moment of parting.

    PANTHUS, CHIEFTAINS
    Each passing day sees the gods’ ire grow.
    Fearsome signs already forewarn us;
    The sea, the mountains, the deep woods groan;
    Our weapons resound from invisible blows,
    As in Troy on that fatal night,
    Hector, with his wrathful gaze,
    In armor appears; a horde of shades succeeds him, and these exasperated ghosts,
    Only last night thrice cried …

    THE GHOSTS
    Italy! Italy! Italy!

    PANTHUS, CHIEFTAINS
    Vengeful gods! It is their voice!...
    Too long have we defied the heavenly orders;
    Let us depart without delay from these baneful shores! Tomorrow! Tomorrow!
    Let us prepare, we must finally go.

    (They enter their tents.)

    Nº 40 - Duet

    (The two sentries march, one from right to left, the other from left to right. They halt sometimes close to each other in the middle of the stage.)

    FIRST SENTRY
    In the name of Bacchus! They are mad with their Italy! I heard nothing!

    SECOND SENTRY
    Neither did I.

    FIRST SENTRY
    And to think of the beautiful life, though,
    That we lead here!

    SECOND SENTRY
    In more than one home
    We find both good wine and abundant meat.

    FIRST SENTRY
    I have already learned how to speak Phoenician
    To my beautiful Carthaginian woman.

    SECOND SENTRY
    Mine understands Trojan,
    And she obeys me without complaint.

    FIRST SENTRY
    Yours understands Trojan?

    SECOND SENTRY
    She obeys me without complaint.
    These women are not ill-disposed to foreigners.

    BOTH
    No! These women are not ill-disposed to foreigners.

    FIRST SENTRY
    And they wish us to exchange
    This soft life for a lengthy voyage!

    SECOND SENTRY
    The storm’s embrace!

    FIRST SENTRY
    Hunger.

    SECOND SENTRY
    Thirst.

    FIRST SENTRY
    Twenty infernal woes!

    SECOND SENTRY
    And all the troubles of the sea!

    FIRST SENTRY
    Cursed folly!

    SECOND SENTRY
    For this Italy...

    FIRST SENTRY
    Where we are to enjoy the fruits of our labours ...

    BOTH
    With backbreaking work!

    SECOND SENTRY
    To suffer, again!

    FIRST SENTRY
    To suffer, again!
    Our fate is to obey.

    SECOND SENTRY
    Silence!
    I see Aeneas striding towards us.

    (The two sentries leave.)

    Nº 41 - Recitative and Aria

    AENEAS
    (Enters, highly agitated.)
    Futile regrets!... I must leave Carthage!
    Dido knows it... her fear, her shock
    In learning it, breached my courage…
    But I must go!... It is essential!...
    No, I cannot forget the palor
    Rising in her face like death,
    Her unyielding silence, her fixed gaze
    Full of melancholy fire…
    In vain did I speak of the countless great feats
    Imposed upon me by the gods,
    I invoked the greatness of my sacred undertaking,
    The future of my son and the fate of Trojans,
    My triumphal death assured by destiny,
    Which will crown my glory on the Ausonian fields;
    Nothing could touch her; I fled from her awful eloquent gaze, without breaching her silence.
    Ah! When the moment comes for the final farewells, a time of anguish, bathed in tears,
    How will I endure the dreadful sight
    Of this indignant grief?...
    I must struggle with myself and also with you, Dido! And beg for forgiveness while breaking your heart! Could I do it? Ah! Better to perish at last
    In a shipwreck, than to leave Carthage
    Without seeing you once more!...
    Without seeing her? Cowardice!
    Such contempt for the inviolate laws of hospitality!
    No, no, beloved queen,
    Sublime soul that I have torn asunder,
    Oh beloved queen! No, I will see you again,
    One last time clasp your trembling hands,
    Shed my burning tears at your feet,
    Even if such despair leads to my downfall.

    Nº 42 - Scene

    CHORUS OF GHOSTS
    Aeneas!...

    AENEAS
    Those voices, again!

    (Four veiled ghosts appear one by one; one from stage right, another from stage left, and the other two from backstage. On each ghost’s brow shines a crown of small pale flames.)


    AENEAS
    Menacing messengers from the shadows,
    What then drew you forth?

    GHOST OF PRIAM
    (visible)
    Your weakness and your glory...

    AENEAS
    Ah! better to die!

    GHOST OF PRIAM
    No more delay!

    GHOST OF COROEBUS
    (Invisible.)
    Not one day further!

    GHOSTS OF HECTOR Y CASSANDRA
    (Invisibles.)
    Not one hour more!

    GHOST OF PRIAM
    (lifting his veil before Aeneas.)
    It is I, Priam! you must depart and still live!

    (His crown of fire dies out and he vanishes. Aeneas, distraught, rushes to the right of the stage, and there encounters the ghost of Coroebus.)

    GHOST OF COROEBUS
    (removes his veil)
    It is I, Coroebus!
    You must leave and conquer!

    (His crown of fire dies out and he vanishes. Aeneas, moving to the back of the stage, encounters the other two ghosts. Cassandra has her left arm on Hector’s shoulder. Hector is armed from head to toe.)

    AENEAS
    (recognizing them when they remove their veils)
    Hector! Gods of Erebus!
    Cassandra!

    GHOSTS OF CASSANDRA AND HECTOR
    You must conquer and found!...

    (Their crowns of fire die out, they vanish.)

    AENEAS
    I must obey
    Your ruthless orders!
    I obey, I obey, o inexorable ghosts!
    Great gods, you force me to be an ungrateful brute!
    And I must sacrifice Dido, while averting my gaze!

    Nº 43 - Scene and Chorus

    AENEAS
    (Passing before the tents)
    To your feet, Trojans, awaken, be alert!
    The wind is favorable, the sea beckons us!
    Awaken!
    We must depart before daybreak!

    THE TROJANS
    (from inside the tents.)
    Be alert!... Do you hear, friends, the voice of Aeneas?
    (They come out of the tents.)

    Sound the reveille in all parts…

    AENEAS
    (to a chieftain)
    Go, hurry, relay this order to the astonished attention of Ascanius. He must rise and board the ship! We must leave the port before break of day.
    My task, o great gods, will be finally
    accomplished. Be alert, friends! Let us not waste a moment! Slash the ropes, it is time!
    To sea! To sea! Italy! Italy!

    CHORUS
    This is the day, let us not waste a moment!
    Slash the ropes, it is time!
    To sea! To sea! Italy! Italy!

    AENEAS
    (Turns to Dido’s palace.)
    Farewell, my soul! Worthy of your forgiveness,
    I leave, noble Dido!
    Impatient fate summons me;
    To die as a hero, I am unfaithful to you.

    (All rush from the stage in various directions, making preparations to depart. We see the ships start to move off. There is lighting and thunder in the distance.)

    Nº 44 - Duet and Chorus

    DIDO
    Wandering in your footsteps,
    In the rumbling thunderstorm,
    I wanted to see, and now I watch in disbelief…
    Are you preparing to flee?

    AENEAS
    In my profound grief,
    Dear Dido, spare me!

    DIDO
    You are leaving? You are leaving?
    Without remorse! What!?
    Contemptuous of the scepter of Libya,
    Ripping out my heart, you flee to Italy!

    AENEAS
    I have tarried too long...
    The sovereign orders from the gods…

    DIDO
    He departs! He follows the call of implacable fate,
    Without heeding my voice! He lets me expose
    My overwhelming grief to his cowardly disdain.

    (She sees a group of Trojans sneering at her)

    And my majestic beauty
    To the insolent sniggers of these ungrateful Trojans!

    AENEAS
    Dido!

    DIDO
    Does the sight of such misery not bring
    A tear of pity to his moisten his eye!
    Do you leave? No! it was not Venus who bore you!
    Some foul she-wolf suckled you in the forest!

    AENEAS
    O Queen, when I consigned you my soul,
    I became subject of to the sway of an immortal love, and to the end of my days,
    My heart will burn with this flame…

    DIDO
    Silence! Nothing can stop you,
    Not death that hovers above my head,
    My shame, my love, our union just begun,
    My name struck forth today from the golden book.
    Yet had I a tender pledge of your faith,
    Yes, if a son of Aeneas
    With his noble tender features
    Lay smiling on my breast,
    I would feel less abandoned…

    AENEAS
    I love you, Dido, have mercy! Only a divine command could thus be so cruelly victorious.

    (We hear the fanfare of the Trojan March.)

    DIDO
    At this triumphal march where your glory shines,
    I see you quiver!
    Are you leaving?

    AENEAS
    I must leave...

    DIDO
    Are you leaving?

    AENEAS
    To obey the gods,
    I go only to my death,
    I am leaving and I love you!

    DIDO
    Do not let my tears delay you further,
    You monster of righteousness!
    Go, then, go! I curse both you and your gods!

    (She exits.)

    (Groups of Trojan soldiers busy preparing to leave, pass by on their way to the ships.)

    AENEAS, THE TROJANS
    Italy!

    (A Trojan chieftain leads in Ascanius. Aeneas boards a ship.)

    Second Scene

    (Dido’s chambers. Daybreak.)

    Nº 45 - Scene

    DIDO
    Go and beg him, my sister,
    Pride has deserted
    My despairing soul. Go! This departure kills me
    As I see him preparing to leave.

    ANNA
    Alas! I was the guilty party,
    When I encouraged you to form new ties.
    Can we contest the gods’ will?...
    His departure is inevitable,
    And yet he loves you.

    DIDO
    He loves me?! No! No! His heart is made of ice!
    Ah! I know love, and even if Jupiter himself
    Had forbidden my love, my burning passion
    Would have braved his curse.
    But go, my sister, go, Narbal, beg him
    To grant me yet
    A few days more. Humbly I beg him:
    Can he forget all I did for him ,
    And, wise Narbal, would he reject your paramount authority, and yours, my sister, whom he loves?...

    Nº 46 - Scene

    CHORUS
    (from afar, backstage)
    Look, six ships! Seven! Nine! Ten! At sea!

    IOPAS
    (Entering.)
    The Trojans have left!

    DIDO
    What do I hear?

    IOPAS
    Before dawn,
    Their fleet went to sea, they are still in sight!

    DIDO
    Immortal gods! To arms, Tyrians!
    Carthaginians, hurry, pursue the Trojans!
    Strive with your oars,
    Glide over the sea,
    Hurl flames at them,
    Burn their vessels!
    May the entire city...
    What am I saying? Futile rage!
    Endure your fate and despair,
    Consume your own grief,
    Oh unhappy woman!
    And this is, then, the troth of that dutiful soul!
    I offered him a throne… Ah, I should instead
    Have exterminated the wandering race
    Of these accursed men, and scattered on the waves the remnants of their bodies!
    That was the time to foresee their treachery
    and set fire to their fleet,
    And take vengeance on Aeneas by serving him
    The limbs of his son in a grisly banquet!
    Help me, gods of Hades! Olympus is immovable!
    Help me! Light in my heart the flames
    Of a terrible hatred
    For this fugitive that once I loved!
    Let the priest of Pluto be summoned!
    To bring peace my transports of grief,
    Let us offer directly a sacrifice
    To the grim deities of the kingdom of the dead!
    Let a pyre be built!
    May the gifts of the traitor
    And those that I gave him
    Be consumed, detested memories,
    By the blazing flames!... Leave!

    NARBAL
    (To Anna.)
    Her gaze terrifies me, oh princess! Stay with her!

    DIDO
    Anna, follow Narbal!

    ANNA
    May my sister forgive me!

    DIDO
    I am your queen and this is my order;
    Leave me alone, Anna.

    (Anna, Narbal and Iopas exit.)

    Nº 47 - Monologue

    (Dido walks around the stage tearing her hair, beating her breast and shouting wordlessly.)

    DIDO
    Ah! Ah!

    (She stops suddenly.)

    I will die…
    Drowning in intense grief
    I will die without being avenged!...
    Let me die, then. Yes, may he shudder
    At the distant glow of the flames of my pyre!
    If there is still something human left in his soul,
    Perhaps he will weep over my dreadful fate.
    He, grieve for me!...
    Aeneas!... Aeneas!...
    Oh, my soul follows you,
    Bound to your love,
    Which, enslaved, it draws into eternal night…
    Venus! Restore your son to me!... Futile prayer
    Of a breaking heart!... Until the end,
    Dido can hope for nothing more than death.

    Nº 48 - Aria

    DIDO
    Farewell, proud city, which a communal effort
    So rapidly built and made it blossom
    Farewell my sweet sister who followed me blindly,
    Farewell, my people, farewell, farewell, hallowed land, that once welcomed my entreaties,
    Farewell, beautiful African sky, its stars that I admired; Farewell to endlessly intoxicating nights of ecstasy! I will see you no more, my life journey has ended!...

    (She exits slowly.)

    Third Scene

    Nº 49 – Funeral ceremony

    (Dido’s gardens by the sea. A vast pyre has been built, with steps leading to it. On the platform of the pyre, there is a bed, a toga, a helmet, a sword and sheath, and a bust of Aeneas.)

    (Enter the priests of Pluto, clad in mourning; they proceed in and stand next to the two altars, where greenish flames shine, followed by Anna, Narbal, and finally a veiled Dido crowned with leaves. During the beginning of the priests’ chorus, Anna, approaching her sister, unties her hair and removes her left cothurnus [laced boot].)

    CHORUS OF THE PRIESTS OF PLUTO
    Gods of forgetfulness, gods of Tenarus,
    Restore strength and peace to this wounded heart!
    From the depths of black Tartarus,
    Hear us, Hecate, Erebus, and you, Chaos!

    ANNA, NARBAL
    (opening their arms to the sea)
    If Aeneas must land in Italy,
    May he die there unrecognized!
    May the Latin people ally with the Umbrians
    To arrest his course!
    Pierced by a common arrow in the heat of battle,
    May he languish abandoned on the bloody battlefield, to serve as carrion for ravening birds!
    Hear us, Hecate, Erebus, and you, Chaos!

    PRIESTS, ANNA, NARBAL
    Gods of forgetfulness, gods of Tenarus, etc.

    Nº 50 - Scene

    DIDO
    (As though in a dream)
    Pluto… seems to be propitious…
    At this cruel moment… Narbal… my sister…
    All is ended… let us make the reverent sacrifice…
    I feel peace … return to my heart.

    (Two priests carrying the first altar advance from left to right; two others carrying the second move from right to left and circle the pyre, their paths crossing. Dido, with her left foot bare and her hair disheveled, after placing her crown of leaves on one of the altars, follows them with halting steps. During this procession, Anna kneels to the right of the stage with Narbal to the left. Between them, the great priest of Pluto, standing, stretches out with both hands the forked staff of Pluto towards the pyre. Finally, full of manic energy, Dido rapidly mounts the steps of the pyre. Arriving at the top, she seizes Aeneas’ toga, removes the golden veil from her head, and throwing them both onto the pyre, she says: )

    Baneful tokens of an unhappy love,
    Carry my woes with you into the fire!

    (She contemplates Aeneas’ weapons.)

    Ah!

    (She prostrates herself on the bed, which she embraces with convulsive sobs. She rises, and taking up the sword, says in a tone of prophesy: )

    My memory will live in future ages.
    My people will do heroic deeds.
    One day on African land,
    A glorious avenger will rise from my ashes…
    I hear already this conqueror’s name.
    Hannibal! Hannibal! My soul is full of pride!
    Let there be an end to bitter memories!
    This is how it is proper to descend into Hades!

    (She unsheathes the sword, stabs herself, and drops onto the bed.)

    Nº 51 - Chorus

    ALL
    Ah! Help! Help! The queen has stabbed herself!

    (Narbal leaves, as if seeking help.)

    CHORUS
    (rushing in from backstage)
    What cries! ah! drenched in her own blood
    The queen is dying!

    (Narbal comes back, the great chorus enters.)

    Can it be true? Day of horror!

    DIDO
    (sits up, leaning on her elbow.)
    Ah!

    (She falls again.)

    ANNA
    (over the pyre.)
    My sister!

    (Dido rises.)

    DIDO
    Ah!

    (She lifts her eyes to heaven and falls again, groaning.)

    ANNA
    It is I,
    It is your sister who calls you...

    DIDO
    (Half-rises.)
    Ah! The implacable anger of hostile fate!
    Carthage will fall!

    Nº 52 - Curse

    (We see in distant glory the Roman Capitol; on its facade gleams the word Rome. Legions and an emperor march past the Capitol, surrounded by a court of poets and artists. During this apotheosis, which the Carthaginians cannot see, we hear from afar the Trojan March passed down by tradition to the Romans, which has become their triumphal chant.)

    DIDO
    Rome... eternal... Rome!

    (She falls dead. Anna falls fainting by her side. The people of Carthage, advancing towards the proscenium and turning their backs to the pyre, hurl a curse, the first Punic battle-cry, in furious contrast to the solemn ceremony.)

    CHORUS
    Eternal hatred to the race of Aeneas!
    May a bloody conflict
    Ever pitch our sons against theirs!
    May our ships sink theirs,
    Shattered into a thousand pieces
    In the deep sea! May the last of our descendants
    Ever taking arms against them, by land and by sea,
    One day appall the world with their massacre!

    Nº 52b – Original finale [replaced by the definitive text starting with Dido’s last line in Nº 52]

    (A rainbow forms over the pyre, and a ray of sunlight split into the colors of the prism falls on Dido’s body.)


    THE GREAT PRIEST
    As she dies, the faithful one
    Rouses the pity of the gods;
    (Iris appears in the air and flies over the pyre, scattering poppies over the dying queen. All prostrate themselves before divine Iris.)
    Iris descends from the heavens
    To bring her death pangs to an end.
    (The rainbow vanishes along with Iris, but not the ray of sunlight.)
    Repeat with me
    the sacred incantation:
    O suffering soul, breathe your last…

    NARBAL, CHORUS
    Suffering soul, breathe your last…

    THE GREAT PRIEST
    In the name of the gods, be free from your body.

    NARBAL, CHORUS
    In the name of the gods, be free from your body.
    (The ray fades. Dido dies. Anna falls fainting beside her.)

    THE GREAT PRIEST
    She is no more, the queen has breathed her last!

    NARBAL, THE GREAT PRIEST, CHORUS
    Over her pyre and by her royal blood
    Let us consecrate today the standard of Carthage!
    May the same oath bind all of us here
    To an inevitable fate!
    Hatred to the race of Aeneas!
    May a bloody conflict
    Ever pitch our sons against theirs!
    May our ships sink theirs,
    Shattered into a thousand pieces
    In the deep sea! May the last of our descendants,
    Ever taking arms against them, by land and by sea,
    One day appall the world with their massacre!

    EPILOGUE

    (A screen is lowered to the fore of the stage, symbolizing Time followed by the procession of the hours, twelve in pink and white gowns, and twelve in black gowns with golden stars. We hear a mysterious murmur from the orchestra, mingled with solemn sounds.)

    (The screen rises, and we see the glorious Roman Capitol. The stage is empty, except for Clio, the Muse of History on one side, and next to her, a goddess with a trumpet representing Fame. We hear the Trojan March sound out, transmitted by tradition to become the triumphal chant of the Romans.)

    (We see passing before the Capitol a warrior in shining armor at the head of several Roman legions.)

    CLIO
    Scipio the African! Glory!

    (Another warrior, crowned with laurels, passes by, marching at the head of more legions.)

    CLIO
    Julius Caesar! Glory!

    (We see an emperor surrounded by a court of poets and artists.)

    CLIO
    Emperor Augustus and the poet Virgil! Glory! Glory! Troy is no more;
    Now, Rome!

    A SOPRANO (backstage)
    Now, Rome!

    A TENOR (farther away)
    Now, Rome!


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